La résilience en art


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milicevicksenia@yahoo.fr



 Conférences de Ksenia Milicevic au Musée de peinture de Saint-Frajou
25 novembre à 17h30 :

LES IMAGES DE LA PEINTURE : QUE NOUS DIT LA NUIT ?

20 décembre à 17h30

LES IMAGES DE LA PEINTURE : Les contes DE LA LUMIÈRE.

13 janvier à 17h30

LES IMAGES DE LA PEINTURE : LE MURMURE DE L'EAU.


10 février à 17h30

LES IMAGES DE LA PEINTURE : La VOIX DES ARBRES.


La résilience en art

 

Le mouvement Art Résilience a été crée en 2014 par Ksenia Milicevic et le groupe d'artistes fondateurs John Botica, Gregorio Cuartas, Christel Larson, Gérard Lartigue, Victor Molev, Miguel Betancourt, Senol Sak et Christopher Stone . Il regroupe les artistes pour qui l'art n'est pas le résultat d'un geste aléatoire ni un divertissement spectaculaire ou hermétique pour le public. 

Les artistes dont les œuvres s'inscrivent dans la contemporanéité mais qui reposent sur l'esthétique conservant ainsi à l'œuvre sa capacité de relier l'homme au monde.  www.art-resilience.com

 

Intervention Le 19 Mai 2016 au Congrès La résilience dans le monde du vivant

 

 

La notion de résilience a trouvé des échos dans plusieurs disciplines et l'implication dans une grande variété de contextes. L'art en fait une exception. Les théoriciens ne voient pas un quelconque rapport ou nécessité entre l'art et la résilience, et les artistes lorsqu'ils se penche sur ce sujet ce n'est que pour l'illustrer. Cette attitude s'inscrit dans la démarche globale de l'art contemporain qui privilégie l'intention conceptuelle et le discours de l'artiste à la place de l'œuvre. L'existence même de l'œuvre d'art devenant problématique le monde de l'art se voit hors de toutes les perturbations.

 

Pourtant, les phénomènes qui ont provoqué des situations où la nécessité de la résilience se fait sentir touchent aussi l'art obligatoirement. Tous les phénomènes humains du groupe sont liés entre eux, tous passe par la même trajectoire, par la même pensé et la même histoire avec des minimes variations dues à des particularités, surtout aujourd'hui dans des contextes de plus en plus globals. L'art repose sur le même substrat et subit la même difficulté, grave, car son existence est menacée. Grave aussi car l'art à son tour relie les différentes facultés humaines, leur assigne un sens, structures la cohésion des groupes, l'appartenance, l'identité. Pour la psychologie par son approche qui appelle à la créativité il renforce l'estime de soi. Par sa structure profonde il favorise l'apprentissage de l'harmonie et de l'équilibre. Par sa richesse et envergure l'art peut trouver facilement sa place dans un dialogue interdisciplinaire.

 

II

 

Pour aborder la nécessité et la possibilité de la résilience en art nous devons faire préalablement un constat de la situation actuelle de l'art en définissant d'abord son caractère et ses particularités. C'est justement la question de la définition de l'art considéré actuellement comme impossible qui a provoqué en partie l'état controversé des productions contemporaines. Pourtant sa définition est possible et aucun mystère ne l'entour pas.

 

La production artistique a un double caractère. D'une part comme lieu d'inscription de la manière d'être des individus et des collectivités qu'on peut définir comme régime éthique de la production artistique, d'autre part comme producteur d'émotion esthétique (régime esthétique). Cette double forme a été le plus souvent imbriqué mais parfois elles se manifestent séparément. On peut les décrire comme, d'une part, image d'art et d'autre part œuvre d'art, mais avec cette particularité que l'œuvre d'art contient aussi l'image d'art, c'est-à-dire, l'œuvre d'art contient en elle le régime éthique et le régime esthétique, tandis que l'image d'art ne contient que le régime éthique. Par l’image d’art l'homme se manifeste au monde, par l’art l’homme appréhende le monde et coexiste avec lui. L'image d'art s'inscrit dans le présent, l'œuvre d'art dans la durée.

 

Depuis des peintures pariétales l'homme a fabriqué toutes sortes d'images. Des images à teneur magique, images décoratives sur des objets utilitaires, ou des images véhiculant une vision commune du monde. C'est surtout la société sédentaire qui élabore à travers l'image des formes sociales ou religieuses. Par son intermédiaire, la société projette une image d’elle-même et du monde, la codifie, fonde son origine et assure sa durée. C'est la Grèce antique qui élèvera le nombre de ces images représentant et assurant la vie dans la cité au rang de l’oeuvre d’art par leur puissance esthétique. Dans le christianisme le poids de l'image d'art sera très important car l'art constitue le microcosme d'une vision commune et l'outil d'un rite collectif.

 

C'est au XVIII siècle avec l'apparition du concept d'esthétique que se définissent les critères communs de goût dans l'espace public et assurent une cohérence et une unité formelle. Mais parallèlement l'importance de l'image religieuse reste si liée à l'art qu'avec l'avènement du désenchantement du monde en annonce aussi la mort de l'art. Le beau représentant la perfection de la création divine était le synonyme de l'art. Le fait religieux se retirant le beau se retire aussi. En hésite alors entre le plaisir subjectif que l'œuvre d'art peut procurer à un individu, et l'interdiction de tout jugement de valeur ne voyant dans l’oeuvre qu’un objet culturel déterminé par les conditions sociales et économiques, la mode, le marché ou la psychologie des créateurs. C'est ainsi que l'unité de l'œuvre d'art, dans sa forme conjointement éthique est esthétique, se voie menacée.

 

De plus avec le développement de la société démocratique, le public n’est plus homogène, tout individu peut s’exprimer, ce qui fait surgir une multitude d’images non codifiées. Ainsi l’art s’étend sur tout. Tout est art. Ne reposant plus sur des valeurs esthétiques tout critère de jugement devient impossible et unique désignation possible d'un objet comme étant de l'art est la seule affirmation de l'artiste. C'est ainsi que l'œuvre d'art se retire en laissant place aux manifestations où ce n'est que l'intention de l'artiste qui compte. Le discours s'impose et justifie toutes sortes d'expressions, très souvent des plus arbitraires, inesthétiques et provocantes. C'est ainsi que l'art contemporain perd son caractère d'art et devient seulement l'expression de la complexité de notre société de consommation, de communication, de démocratie, de multiculturalisme.

 

Ce que devrait être une œuvre capable de relier l'homme au monde à travers l'émotion esthétique et le faire participer à la grande respiration du vivant est réduit à des phrases comme : "Mon travail porte sur...", "Je veux associer ces problèmes importants..." , "Je travaille sur les problèmes complexes...". Ces artistes suivent le postulat d'anthropologue anglais Alfred Gell pour qui plutôt que de penser à l’art en termes de beauté, nous devrions y penser en termes des différentes intentionnalités qui se rencontrent dans un objet d’art. Les éléments qui entrent en jeu seraient l'objet lui-même, l'artiste, le destinataire et le "réseau de l'art", c'est-à-dire, les différents acteurs sociaux. Ainsi toutes les productions non utilitaires peuvent être considérées comme de l'art à condition qu'elle soit accueillie par une structure habilitée à cette fin, centre culturel, galerie, commissaire d'exposition... C'est ainsi que l'art contemporain s'inscrit parfaitement dans ce que nous appelons image d'art, le régime esthétique étant évacué.

 

De plus, l'art contemporain en se centrant sur l'intention de l'artiste et le discours, s'appuie sur le régime éthique mais, par la forte subjectivisation de ses énoncés affaibli totalement les effets de l'image d'art car la participation du spectateur est minime. Elle peut s'exercer éventuellement seulement lorsque ces énoncés suivent la mode ou l'actualité. Ainsi l'image d'art perd aussi son caractère fédérateur n'assurant plus la cohésion du groupe.

 

Scindant en deux l'œuvre d'art l'art contemporain évacue le régime esthétique, c'est-à-dire, précisément ce que donne à l'art sa particularité et qui le distingue à travers l'unité de deux régimes, éthique et esthétique, de tout autre objet. Sans un de ses components l'œuvre d'art perde sa spécificité. Finalement, dans l'art contemporain nous sommes en face des objets quelconques.

 

Mais, l'art est une nécessité pour l'homme et on paraphrasant Baudelaire parlant de la modernité : "La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable" c'est dans la restauration de cette deuxième moitié de l'art, l'éternel et l'immuable que se situe la résilience en art.

 

Alors, pour que l'œuvre d'art conserve sa capacité de nous situer dans un espace hors du temps, à nous abstraire à nous-mêmes et nous inclure dans un tout, éprouvant en nous la dynamique même de la vie, il est nécessaire de réassigner au beau sa place. Premièrement, il s'agit de redonner au beau sa valeur objective et de l'extraire du simple goût. Mais pour que ceci soit possible nous devons repenser entièrement la place de l'art dans les analyses théoriques. Le détacher de l'emprise de l'idée et le relier au monde.

 

Depuis la suspicion de Platon que l'art puisse dire la vérité et en lui assignant la place du côté du sensible l'art balance entre le sensible et l'intelligible jusqu'à Hegel qui affirmant une différence conceptuelle entre le beau de nature et le beau artistique relie dans l'art le sensible et l'intelligible. Avec Hume pour qui "La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente", l'art se retrouve à nouveau du côté du sensible, un sensible subjectif. S'ensuivent de nombreuses théories surtout à partir de la phénoménologie et de l'esthétique analytique qui toutes avec l'idée de l'indéfinissabilité de l'art éloignent celui-ci de l'œuvre. Dans cette ruche conceptuelle les artiste restent inaudibles, muets. Pourtant, ce sont eux qui en contact directe avec l'œuvre, un contact viscéral, vital devraient avoir la parole.

 

L'art est de l'ordre de l'appartenance de l'homme au monde et c'est par l'art que l'homme à travers l'émotion esthétique expérimente la conscience de son existence. L'artiste saisit le monde, el le monde qui nous apparaît en fractions il nous le restitue en unité. C'est une saisie immédiate. Dans cette immédiateté, apparaît la vision du tout ontologique, le sujet (spectateur) et l'objet (œuvre) ne font qu'un. Là, il n'y a pas de place pour le simple goût. Notre vécu ne se projette pas. Ainsi, pour Mikel Dufrenne : "L'expérience esthétique, parce qu'elle est une perception comblée et heureuse jusqu'à l'aliénation du sujet dans l'objet, nous invite à concevoir une indifférenciation originaire de l'homme et du monde. En deçà de la corrélation, elle témoigne d'une unité première que l'art s'efforcerait à la fois de ressouder et de dire".

 

L’homme est partie intégrante du monde. Il est de même qualité et par là capable d’appréhender le monde. L’oeuvre d’art est la saisie par l’artiste d’une fraction de l’instant où le monde se trouve en équilibre, avant que tout ne se défasse et se refasse à nouveau, dans le perpétuel mouvement. L’homme inscrit cet instant parfait dans la durée par la mise en forme à travers l’image et en même temps il s’inscrit comme élément constitutif du monde. C’est à ce stade que se situe le deuxième versant de Baudelaire, " L’éternel et l’immuable de l'art"

 

Son caractère d’unicité renforce cette identité avec le monde et le vivant. L’homme produit d’innombrables objets, mais c’est seulement à l’oeuvre d’art qu’on peut attribuer cette notion. Comme dans la nature, où il n’y a pas deux vivants identiques chaque œuvre d'art est unique. Dans l’art, ce caractère d’unicité provient de l’originalité inventive de l’artiste. Le vivant de l’art est son essence-même et il se manifeste par sa capacité de production d’émotion esthétique. La vitalité qui se déploie, c’est elle qui engendre la sensation du beau, que ce soit dans la nature ou dans l’oeuvre d’art. L’esthétique, c’est la manifestation du vivant dans une plante, dans une peinture et même dans un coucher du soleil ou le jaillissement de la lave d’un volcan, la terre qui respire. L’homme ne perçoit pas dans le beau, que ce soit dans l'œuvre d'art ou la nature une quelconque « idée esthétique » mais le déploiement de cette vitalité. Pour Jacques Rancière " Le régime esthétique fonde en même temps l’autonomie de l’art et l’identité de ses formes avec celles par lesquelles la vie se forme elle-même"

 

Comme tout le vivant, sa forme est inépuisable, multiple et infinie. Le vivant de l’oeuvre est le point central dès le début de la théorie de l’art. Aristote dans La Poétique, parlant de la composition, donne l’importance à la cohésion de l’oeuvre qui lui assure l’unité d’un être vivant. L’unité, donc l’autonomie. Dans la matière, l’artiste imprime une cohésion organique, la même qu’on voit dans les formes de la nature et qui fait jaillir la vie.

 

Dans son expression du vivant, l’art n’est assujetti à aucun intérêt, à aucun concept, et ne représente aucune fin. Comme la nature, il est le vivant. Il se déploie comme celle-ci, parallèlement sans la copier, sans l’imiter. Il est de même nature que la nature. Celle-ci n’est pas son modèle. Pourtant, on pourrait objecter que c’est l’homme qui génère les oeuvres d’art. Oui, il les génère comme la cellule génère du vivant. Cette gestation du vivant dans l’oeuvre de l’homme se traduit par l’intégration des forces de la nature dans l’élaboration de l’œuvre qui engendre le beau. Ainsi, le beau par le constant, par l'immuable, par la structure parfaite "d'un théorème mathématique" reposant sur la nature appelle à l'éternité.

 

En effet, l'œuvre d'art une fois réalisée n'est pas figée, elle se renouvelle avec chaque nouveau regard du spectateur qui à chaque fois par son apport subjectif recrée l'œuvre, car l'œuvre d'art se forme en intégrant sur sa base objective reposant sur le beau, l'apport subjectif de l'artiste et du spectateur. L'œuvre faisant jaillir des forces vitales dans chaque nouveau regard du spectateur, affirme la vie et unifie le tout. Gilles Deleuze écrira dans Pourparlers qu' "un artiste ne peut pas se contenter d'une vie épuisée, ni d'une vie personnelle. On n'écrit pas avec son moi, sa mémoire et ses maladies. Dans l'acte d'écrire, il y a la tentative de faire de la vie quelque chose de plus que personnel, de libérer la vie de ce qui l'emprisonne. (...) Il y a un lien profond entre les signes, l'événement, la vie, le vitalisme. C'est la puissance de la vie non organique, celle qu'il peut y avoir dans une ligne de dessin, d'écriture ou de musique. Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. Il n'y a pas d'œuvre qui n'indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés".

 

L’art appelle à la vie. Que le beau soit son essence va de soi. Le beau est harmonie, apaisement, équilibre. C’est lui qui est le fondement tout naturel et objectif de l’indissoluble unité de l’œuvre. Le beau ne réside pas dans le sujet, la forme ou la couleur mais est subjacent à l'œuvre . Parce qu'il l'englobe, qu'il émane de sa forme comme totalité et non pas de la joliesse du représenté.

 

La contemplation d’une oeuvre d’art se passe en deux temps. Un premier moment, très court, l’instant où le spectateur se trouve face à l’oeuvre, où se produit un flux entre lui et celle-ci l’émotion esthétique. Moi, le spectateur, je suis ébloui par la puissance de certains artistes à nous immerger dans le monde. Le spectateur est seul dans cette relation, un sujet individuel, libéré de toutes les appartenances, libéré de soi-même et plongé une fraction de temps dans un tout. À cet instant, l’oeuvre ne signifie rien, elle ne transmet aucun message, elle est une évocation pure du monde en sa totalité.

 

Une fois ce premier instant passé, le spectateur commence à se concentrer sur ce que l’image de l’oeuvre lui propose comme sujet, sur ce dont elle parle, le message qu’elle lui adresse. Alors il agit en spectateur, membre d’un groupe dont il déchiffre les codes, dont il connaît les pensées.

 

Mais, l’art soumis aux différentes conceptions du monde, pris en tenaille par des théories historicistes, réticent à répondre à des attentes sur la possibilité d’une communication parfaite entre des citoyens égaux à travers la communauté du goût, submergé sous le poids de l’annonce de sa mort prochaine, écrasé sous le politique, réduit à la description du social, écartelé par l’exigence de la liberté de l’artiste, moulé dans toutes sortes de formes historiquement et géographiquement classées, fondu dans un tout par les théories de la fusion de l’art et de la vie qui a subi, à travers des décennies, des interprétations, des manipulations, des appropriations, à tel point qu’on en a oublié l’existence même de l’œuvre d’art se trouve face à la nécessité de retrouver ses propriétés intrinsèques.

 

III

 

Le beau une fois rétabli dans l'œuvre d'art il reste encore nombreux points à élaborer. Déterminer la duré face à la prolifération des œuvres éphémères, positionnement de l'artiste dans l'élaboration de l'œuvre qui exige une distanciation, le rapport entre l'œuvre et le spectateur, facteurs d'imagination et de créativité, des modalités de l'enseignement de l'art.

 

Aussi, l'incidence de l'art dans la société au niveau de l'organisation urbaine, de l'organisation des institutions, formation des structures de cohésion, d'appartenance, d'identité. Son apport à la stabilité dans un monde très mouvant et aussi son utilité dans la reconstruction de l'estime de soi. C'est dans tous ces domaines que l'art peut participer dans les travaux interdisciplinaires, mais au préalable il est nécessaire d'avoir des notions très claires de ce que c'est l'art et de procéder à des réajustements en fonction de ses qualités intrinsèques. D'où l'appel à la résilience en art.

 

Nécessaire aussi car l'art peut avoir de l'importance dans la construction des mécanismes de protection et des moyens d’adaptation lorsque surviendront les problèmes importants. Il aide au développement des qualités qui favorisent la résilience.

 


La Résilience
dans le Monde du Vivant

 

Congrès Euro-Méditerranéen - Marseille

19-21 mai 2016

 

Archives Départementales des Bouches du Rhône

Alcazar

http://www.resilienceduvivant.com

Sous la présidence de Boris Cyrulnik

ATELIERS DU 19 MAI APRES MIDI

Atelier Art , Culture er Résilience, animé par Pierre Lemarquis, Neurologue, Neurophysiologiste ex chef de clinique à la faculté de médecine de Marseille.

Intervention de Ksenia Milicevic sur la résilience en art.



Conférence : la nécessité de la résilience en art

                                                                     

La bibliothèque a accueilli la première conférence de Ksenia Milicevic sur la résilience en art et sur le concept de la résilience, son développement et son utilisation dans divers domaines.

Devant une assemblée attentive, l'artiste a expliqué : «Ce concept, qui affirme la possibilité d'une reconstruction à la suite d'une catastrophe ou d'un traumatisme, est assez récent et puise ses racines dans un changement de l'attitude face à la vie. Jusqu'à il y a peu, nos sociétés occidentales avançaient avec une idée de progrès, en croyant que la société sera libérée de toutes les difficultés et de tous les dangers. Elles étaient fondées ainsi sur le principe d'élimination du risque et de surprotection des individus. Mais depuis un certain temps, nous nous rendons compte que nous évoluons dans une société pleine de dangers : réchauffement et diverses catastrophes climatiques, maladies, mouvement des populations, terrorisme. La vision aseptique de la vie s'estompe et nous savons que les catastrophes et les traumatismes font partie de la vie. C'est à l'intérieur de ce constat que se situe la résilience, la capacité à se reconstruire après des épreuves. Concernant l'art, nous avons aussi cru au progrès dans ce domaine. Nous avons avancé en éliminant de l'art élément par élément, en croyant à la possibilité d'une abstraction totale et d'élimination de tout cadre. Ainsi, l'art a perdu toute sa particularité et ne se distingue plus aujourd'hui de n'importe quel autre objet. Le rétablissement du fondement de l'art est indispensable et son fondement se situe dans l'esthétique. D'où la nécessité de la résilience en art. La responsabilité de l'artiste est très grande. L'art fédère et enseigne l'équilibre et l'harmonie, les notions nécessaires dans la reconstruction de soi aux moments de crises. Les facteurs, permettant de retrouver son état antérieur après un traumatisme, sont la capacité à résoudre les problèmes, l'autonomie, l'estime de soi, la confiance, la sociabilité et l'habilité à trouver des soutiens».

Conférence  «Qu'est-ce que l'art ?

      

Colloques et conférences

Samedi 19 décembre à 16 heures à la bibliothèque de Saint-Frajou, l'artiste Ksenia Milicevic donnera sa seconde conférence sur la résilience en art avec pour sujet «Qu'est-ce que l'art ?» Question épineuse car aujourd'hui, dans le «monde de l'art», il est donné pour acquis que l'art n'existe pas, qu'il n'est qu'une des formes de communication entre les hommes. «A la base de ce constat se trouvent des anthropologues comme Alfred Gell» explique Ksenia Milicevic, qui poursuit : «Pendant que diverses branches se penchent sur l'art, les artistes transpirent dans la subjectivité totale ou nagent dans le tout numérique. Et les esthéticiens ? On ne les écoute pas trop. Pourtant, déclarer l'inexistence de l'art, la subjectivité totale dans l'élaboration et la réception de l'œuvre, la mécanisation à travers le numérique sont des non-sens. Lors de cette conférence, nous allons voir comment est-on arrivé progressivement à cette situation et nous essayerons de repositionner l'art sur ses fondements en partant de l'œuvre d'art dans l'analyse et non pas des perspectives extérieures à lui, qu'effectivement l'art permet par sa très grande complexité, mais qui faussent complètement toute approche. Nous verrons que l'art repose sur un double aspect. D'une part, il est producteur et transmetteur de sens dans la communauté, d'autre part il agit comme intermédiaire inscrivant l'homme dans le monde à travers l'émotion esthétique. Nous verrons que par son unicité et par son réactivation face à chaque nouveau regard du spectateur, il s'apparente au vivant». L'entrée de la conférence est libre.


Conférence : «Le beau, subjectif ou objectif ?»

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Colloques et conférences

Le 23/01/2016

Samedi 23 janvier, une conférence sur le beau sera présentée à 16 heures au Musée de peinture. Ce sera la troisième conférence de la série de cinq sur la Résilience en art. «Le beau, subjectif ou objectif ?» en sera le thème et cette conférence abordera la question du beau, grand oublié de l'art contemporain, enlevé de son piédestal où il a régné en maître pendant plus de deux millénaires. «Le beau, qui fut à l'origine de la philosophie occidentale et qui glorifia la beauté du monde, est réduit aujourd'hui à un simple goût subjectif. Mais bannir le beau de l'art, lui enlever la capacité de rendre le monde dans sa vérité, c'est condamner l'art. C'est le transformer en une fabulation stérile, rejetant l'artiste et le spectateur dans leur solitude, étrangers au monde» précise avec conviction l'artiste Ksenia Milicevic du Musée de peinture, qui poursuit : «Si le beau a pu si longtemps relier l'homme au monde, c'est qu'il reposait sur la nature, que ce soit comme une abstraction absolue chez Platon ou comme une beauté d'ordre mathématique qui régie la nature, comme chez de nombreux artistes de la Grèce antique ou de la Renaissance. Réinventer l'art, c'est rendre au beau sa place prépondérante et sa valeur d'objectivité. Replacer le beau dans la nature d'où il n'aurait jamais dû en sortir car il provient d'elle. Il est l'image même des lois du monde comme les mathématiques, avec un avantage sur elles car il passe par le sensible. Les formes dans l'œuvre d'art qui provoquent la sensation du beau sont les mêmes qui se trouvent dans la nature et sont partagées universellement. Le même rythme, la même harmonie, le même équilibre. L'homme, identique aux lois du monde, a la capacité de le saisir à travers la perception du beau, une perception heureuse, une saisie instantanée, apparaissant dans cette immédiateté la vision du tout ontologique. Là, il n y a pas de place pour le simple goût, notre vécu ne se projette pas». Ksenia Milicevic développera tout cela samedi prochain au Musée de peinture (l'entrée est libre).


L'artiste Ksenia Milicevic face au public débat sur le beau

 

Les conférences au Musée de peinture de Saint-Frajou attirent toujours une assemblée attentive et intéressée. Photo DDM, Y.C-S
Les conférences au Musée de peinture de Saint-Frajou attirent toujours une assemblée attentive et intéressée. Photo DDM, Y.C-S

En quoi consiste l'esthétique dans une œuvre et sur quoi il repose ? Telle était la question de la dernière conférence sur le beau, présentée au Musée de peinture. Dans un rappel historique, Ksenia Milicevic a évoqué la question du beau rattaché à une idée de beauté absolue en dehors de l'homme et du monde pour les Grecs, par sa provenance de Dieu pour les chrétiens et la transformation progressive du beau en simple goût subjectif.

Devant une assistance attentive, l'artiste a expliqué : «Postulant qu'il n n'y a pas de beau en dehors de la perception humaine, celui-ci devient inopérant dans l'œuvre d'art et se trouve rejeté par les artistes. Seulement rejeter le beau c'est faire perdre à l'art toute sa spécificité. Tout est art, donc rien n'est art. Il est nécessaire de refonder le beau sur les lois du monde, sur lesquelles il a d'ailleurs toujours reposé. Pour cela on se tourne vers des procédés mathématiques pour comprendre la nature. Supposons, par exemple, un vol d'étourneaux. Ils vont tous dans la même direction établie par avance, mais la configuration de l'ensemble change constamment. Ce beau, le même pour tous dans une œuvre d'art, n'empêche en rien le goût subjectif pour les belles choses et le crapaud peut toujours trouver sa crapaude la plus belle. Ainsi à la question le beau subjectif ou objectif ? la réponse est ni l'un ni l'autre. Il faut changer de registre».


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Colloques et conférences

Le 27/02/201
                                    

Samedi 27 février à 16 heures, la conférence qui a pour thème «Art Contemporain - le constat», sera l'avant-dernière de la série sur la résilience en art, présentée au Musée de peinture. Lors de la dernière conférence, l'artiste Ksenia Milicevic a traité la question du beau. «Cette fois, nous allons examiner la face éthique de l'art» précise-t-elle, en poursuivant. «C'est-à-dire ce que l'art nous dit, car il se manifeste par le sensible à travers nos capacités perceptives sous forme d'images. Leur capacité à émouvoir est très forte, mais leur pouvoir de persuasion aussi. C'est pourquoi l'art a été toujours utilisé non seulement pour donner une forme visible à la communauté à travers un graphisme reconnaissable par tous, qui lui assurait une unité visuelle, comme des costumes populaires, mais aussi pour véhiculer des idées ou pour imposer une vision particulière. Déjà dans l'antiquité, aux scènes de la vie quotidienne se mêlaient des représentations des dieux et des dignitaires et par exemple, dans le christianisme, les images serviront à glorifier Dieu mais aussi à instruire le peuple sur des textes et croyances chrétiennes. Nous verrons comment les images d'art ont été fortement utilisées dans l'histoire qui nous est plus proche, celle du XXe siècle. Les grands bouleversements en Europe au niveau de la pensée, des sciences et de la politique vont modifier la forme de représentation et de production des formes visuelles et les images s'imposeront progressivement à l'œuvre. À travers la projection des œuvres d'art, nous soulignerons les différences opérées dans la perception classique et celle de l'art contemporain». Ksenia Milicevic développera tout cela samedi prochain au Musée de peinture. L'entrée est libre et l'accueil, toujours chaleureux.


Sylvie Nicola, la Gazette avril 2016